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Christine Angot à la Cinémathèque en septembre 2017.
Christine Angot à la Cinémathèque en septembre 2017. — EREZ LICHTFELD/SIPA
  • La pièce Dîner en ville, écrite par Christine Angot et mise en scène par Richard Brunel est jouée au théâtre de la Colline du 6 mars au 1er avril.
  • On a rencontré Christine Angot et Richard Brunel pour l'occasion. 

On a tendance à l’oublier, mais derrière la chroniqueuse de Laurent Ruquier, il y a surtout une femme de lettres. Le monde des livres ne voit pas Christine Angot comme la polémiste brute de décoffrage d’On n’est pas couché qui officie sur France 2 tous les samedis soir, mais comme l’auteure à succès qui s’est fait connaître du public avec Inceste en 1999. A l’occasion de sa pièce, Dîner en ville, au théâtre de la Colline à Paris, on a rencontré l’artiste mais aussi parlé à la chroniqueuse.

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Celle qui ne cesse de répéter qu'elle n'est pas journaliste n'a pas de difficultés à s'assoir dans le siège de l'interviewée. Si Christine Angot cherche parfois ses mots, son écriture est toujours précise, elle est même «difficile à dire pour les acteurs», insiste Richard Brunel, directeur de la Comédie de Valence, qui tournait autour de Christine Angot depuis la parution d’Un amour impossible en 2015 « J’ai été touché dans l’écriture ». La collaboration tant espérée s’est donc concrétisée autour de Dîner en ville qui invite le public à passer une soirée avec la bourgeoisie parisienne. Une célèbre actrice [interprétée par Emmanuelle Bercot] et son compagnon, un ingénieur du son au chômage, refont le monde chez un grand nom de la mode à moitié dépressif en compagnie d’une directrice de théâtre pétrie d’angoisse et d’une femme médecin au bord du burn-out. Tout le spectre du petit monde bobo est donc représenté.

« Dans la vie, on a tous l’air ridicule »

Debout, assis, seuls, par petits groupes, les cinq personnages parlent de tout, mais surtout de rien, ponctuent leur discours de clichés et de postures sociales.« Dans la vie, on a tous l’air ridicule, dans notre façon de parler, dans notre accent, dans notre manière de construire des phrases. Mais il y a un endroit où on n’est pas ridicules : notre être, insiste Christine Angot. Exposer son être en permanence, ce serait très fatigant, et impossible. Dans la pièce, il y a ces poses, ces affectations. Mais par petites touches, on perçoit ce que sont les personnages dans leur être ».

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Et devant cette comédie sociale, une question surgit : quelle est la différence entre cette parade un peu grotesque et ce qu'elle joue sur le plateau de Laurent Ruquier ?

« Les spectateurs ne sont pas dupes »

« Ces talk-shows sont tous construits sur le modèle du dîner. Avec la lumière de la télévision, vous ne pouvez pas être hypocrite, vous ne pouvez pas mentir à la télévision. Les spectateurs voient les visages. Les spectateurs ne sont pas dupes, ils décryptent tout », pointe Christine Angot qui laisse apparaître une facette plus douce et sereine que celle qui se révèle sur le petit écran. Nous n’avons pas rencontré la Christine Angot qualifiée de « violente » par l’avocat Eric Dupond-Moretti, mais une auteure émue lorsqu’on fait une légère allusion à son échange avec Virginie Calmels, vice-présidente des Républicains. Elle esquive les questions sur le sujet et craint de ne pas être comprise.

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Sur la fonction de l’artiste dans le monde, elle est plus volubile qu’au sujet de sa participation à la prochaine saison d’On n’est pas couché. « Le rôle de l’artiste dans la société c’est de ne pas considérer qu’il joue un rôle en tant qu’artiste. Presque tout le monde agit "en tant que", en tant qu’il est artiste, en tant qu’il est femme, avocat… Le rôle de l’artiste, c’est essayer de ne pas parler "en tant que". Vous essayez de comprendre ce que vous entendez et, éventuellement, de le faire entendre. » Va-t-elle réussir à porter sa voix en se libérant de l'image qui lui colle à la peau ? La question reste ouverte.

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/culture/2237775-20180314-diner-ville-derriere-christine-angot-chroniqueuse-chez-laurent-ruquier-artiste
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