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Ils sont vraiment forts, ces Ukrainiens
Ils sont vraiment forts, ces Ukrainiens — Twitter

L’histoire est tragique. Abandonnée à la naissance, élevée dans la précarité d’un orphelinat ukrainien au sein d’une URSS décadente, la future médaillée paralympique Oksanna Masters a trois ans quand survient la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986. Non sans conséquences. Elle grandit avec une jambe gauche plus courte de 15 centimètres que la droite avant sa première amputation à neuf ans et la seconde cinq ans plus tard. Son salut, elle le doit au sport. Aujourd’hui, la jeune femme est une figure des Jeux Paralympiques, tant sur le plan sportif - cinq fois médaillées - que publicitaire - elle compte parmi ses nombreux sponsors Nike, Toyota et Visa.

Adoptée par une célibataire américaine à l’âge de sept ans, Masters brille pour le compte des Etats-Unis, où elle a ensuite déménagé, mais aurait tout aussi bien pu s’illustrer dans son Ukraine natale, immense nation paralympique. Voyez plutôt le top 10 d’une course de biathlon en catégorie déficients visuels à Pyeongchang.

Et ce n’est pas un cas isolé. Sur les quatre dernières éditions des Jeux paralympiques d’hiver, l’Ukraine c’est :

  • 25 médailles dont sept en or en 2006
  • 19 médailles dont cinq d’or en 2010
  • 25 médailles dont cinq d’or en 2014
  • Déjà 15 médailles dont cinq en or en 2018


« Tu devrais aller à l’hôpital, pas à la piscine »

C’est donc en 2006 que le pays s’est affirmé comme une grande nation paralympique, à une époque où les victimes de Tchernobyl avaient la vingtaine. La facilité nous mène vers un raccourci. Il y aurait des dizaines d’Oksanna Masters dans la délégation paralympique ukrainienne. Sauf que non. L’Ukraine ne « doit » ses médailles ni à l’empoisonnement radioactif, ni à la guerre mais bien à un homme : Valeriy Sushkevych, 58 ans, fondateur du comité paralympique national dans les années 1990, dans un pays où les trottoirs de la capitale s’élèvent 15 centimètres plus haut que la route et où, selon l’intéressé cité par la BBC, « la plupart des piscines étaient au deuxième étage des complexes sportifs » et donc inaccessibles aux personnes à mobilité réduite.

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Cette galère, le sauveur du sport paralympique ukrainien l’a connue dès ses quatre ans, moment choisi par la polio pour le clouer à un fauteuil roulant pour le restant de ses jours. Sushkevych se lancera dans la natation non sans succès – il est double-médaillé pour le compte de l’URSS – grâce au dévouement d’un père qui l’emmenait systématiquement en vacances en bord de mer. Autrement, il n’aurait jamais fait carrière, pas plus qu’il n’aurait nagé. Sushkevych, toujours pour la BBC :

« En Union soviétique, c’était difficile parce que les directeurs des piscines vous disaient : "tu devrais aller à l’hôpital, pas à la piscine. Va-t’en, s’il te plaît." »

Le fondateur de la fédé ukrainienne, de l’ONG Assemblée nationale des (sportifs) invalides, et membre du Parlement (premier élu du pays en fauteuil roulant en 1998) s’est donc attelé à mettre à niveau des installations complètement dépassées avec une règle : au moins une école par région se doit d’être en mesure d’accueillir et former des athlètes handicapés, quelle que soit leur discipline de prédilection.

Le nec plus ultra ? Un ancien camp des jeunesses communistes

Le résultat est là, l’Ukraine fait désormais aussi bien voire mieux que des nations comme la Chine ou le Royaume-Uni à budget inférieur (car les sponsors ukrainiens ne se bousculent pas pour investir dans cette branche du sport national). Mieux, les pays cités la prennent pour modèle avec, pour principal objet de convoitise, un ancien camp des jeunes communistes des bords de la mer Noire réaffecté en centre d’entraînement ultra-moderne où cohabitent athlètes valides et handicapés.

« Ce centre est important parce qu’il n’y a pas de barrière pour les personnes à mobilité réduites. Chez eux, les gens ne font pas de sport parce qu’ils n’en ont pas la possibilité. Et quand ils voient ça ils sont surpris, comme si c’était trop cool pour l’Ukraine », explique Valeriy Sushkevych. On n’ose imaginer la razzia ukrainienne aux paralympiques de 2034, quand tous les immeubles auront des rampes et les trottoirs seront adaptés.

Source de l'article : https://www.20minutes.fr/sport/2236879-20180313-ukraine-cartonne-jeux-paralympiques-tchernobyl-guerre-rien
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